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    Votre ambition maritime

Le point de vue de... Alice-Anne Medard, directrice regionale de l'environnement, de l'amenagement et du logement de la region Nouvelle-Aquitaine (DREAL).

30 Jan. 2019

LVM : Vous avez récemment pris vos fonctions en tant que directrice régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement de la région Nouvelle-Aquitaine (DREAL). Quelles sont vos priorités ?

J’ai pris mes fonctions le 1er avril 2018 à la tête de la DREAL Nouvelle Aquitaine, qui a la particularité de couvrir un territoire extrêmement vaste et divers dans sa géographie, ses activités et ses ressources. La Nouvelle Aquitaine comprend 720 km de littoral, 4 parcs naturels régionaux, 2 parcs naturels marins… mais aussi 10 agglomérations de plus de 100 000 habitants ! En tant que service régional de l’État, la DREAL a des missions extrêmement variées sur ce territoire, qui répondent aux besoins quotidiens des populations : aménagement, logement, déplacement, maîtrise des risques naturels et technologiques, énergie et préservation des ressources et milieux naturels … Pour cela nous dépendons à la fois du Ministère de la transition écologique et solidaire et du Ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Notre mission est de donner de la cohérence aux politiques publiques qui prennent forme sur le terrain, en région, avec comme fil conducteur la transition énergétique. Et nous avons pour cela un important travail de pédagogie à réaliser, car la lutte contre le changement climatique n'est pas spontanée ! Depuis mon arrivée au printemps dernier, j'ai été fortement mobilisée sur le sujet de l'urbanisation du littoral, pour coordonner l'action de l’État ici, à l'échelon régional, où plusieurs zones sont menacées. Concrètement, cela veut dire accompagner pour gérer le risque et se projeter dans l'avenir, de la Pointe de Grave jusqu'à Hossegor. Côté transport, je travaille actuellement à la mise en place du plan État-Région pour les grandes infrastructures, notamment la rocade bordelaise, et la RN 147 entre Limoges et Poitiers. Ces sujets d'aménagement et de transport sont également en lien direct avec le sujet logement, pour lequel notre mission est d'assurer une offre adaptée aux besoins des populations. Un sujet particulièrement d’actualité aujourd'hui !

LVM : Vous avez été nommée en tant que représentante du Ministre chargé de l'environnement au conseil de surveillance du port de Bordeaux. Quelle est votre vision du développement durable d'un établissement portuaire ?

S’inscrire dans un cadre de développement durable est aujourd'hui un pré-requis pour un établissement public comme le port de Bordeaux. Cela signifie en premier lieu : anticiper ! Que se passera-t-il en cas de montée des eaux ? Comment protéger nos infrastructures, nos grues, nos quais ? Comment préserver les ressources naturelles de l'estuaire ? Peut-on changer de modèle économique si les récoltes de maïs, aujourd'hui principal trafic à l'export, diminuent ? Le port ne peut pas maîtriser à lui seul tous ces enjeux climatiques, économiques… mais il peut et doit les penser en amont, c'est d'ailleurs le sens des démarches qu'il a entamées avec PÉÉPOS Port à Energie et à Economie POSitives. Aujourd'hui, il est en effet indispensable de viser des activités et un développement les moins carbonés possible. Saisir toutes les opportunités dans ce sens, travailler en partenariat avec le secteur des nouvelles énergies, mais aussi accompagner le territoire pour se substituer au transport routier ! Le fleuve est un allié, et non un frein, il est encore trop peu utilisé pour la logistique, alors que Bordeaux en aurait particulièrement besoin. Faire venir les marchandises en cœur de ville, c'est possible, comme l'a montré l'exemple parisien. Mais il faut pour cela une volonté commune, un consensus qui intègre le fleuve comme colonne vertébrale des grands projets urbains. L'évacuation de déchets, qui se fait déjà par le fleuve pour la croisière fluviale, est une idée forte. Côté tourisme, justement, on peut aussi imaginer des excursions « durables » autour du fleuve et du port, qui pourraient permettre aux vacancier d'embarquer sur des barges écologiques pour aller à la rencontre des espaces protégés sur les berges. La faune, la flore font aussi partie de nos ressources, c'est dans notre intérêt compétitif de les préserver.
En ce qui concerne l'aménagement, mon expérience dans l'aérien m'a permis de prendre conscience du rôle des zones logistiques pour le territoire : leur influence économique, les interconnexions qui peuvent drainer ou générer de nouvelles activités... Le port doit jouer ce rôle d'intégrateur, mais il a besoin pour cela d’accroître ses ramifications au sein de l'hinterland, qui ne passent pas uniquement par la route.

LVM : L'enquête publique "dragage d'entretien du chenal de navigation, des ouvrages portuaires et de leurs accès et gestion des sédiments dragués" se déroule actuellement. Quels sont les enjeux de cette procédure pour le GPMB ?

Bordeaux est un port d'estuaire, les dragages sont fondamentaux pour son activité. Ils représentent aussi un coût très important de 10 millions d'euros par an pour le chenal, actuellement financé par l’État. Les dragages étant quotidiens, sur environ 88 km de chenal, ils sont bien sûr un sujet environnemental de premier ordre, avec de fortes contraintes, notamment celle de la limite physique des nappes phréatiques dans le cas des dragages d'approfondissement. Ces opérations, qu'elles concernent l'entretien ou l’approfondissement donc, sont très encadrées, avec des autorisations de dragages accordées pour 10 ans sous forme d’arrêté inter préfectoral (Gironde et Charente Maritime). Dans ce processus, le rôle de la DREAL est de vérifier que l'ensemble des normes environnementales sont respectées, notamment pour la protection des espèces, qu'ils s'agisse d'oiseaux, de poissons, de plantes… et de donner un avis notamment sur le suivi des sédiments, car la réglementation n'est pas la même s'ils sont pollués ou non. La DREAL transmet également des prescriptions sur la qualité de l'eau, avec des indicateurs de suivi.

Aujourd’hui, il n'existe pas de point de blocage dans le processus d'autorisation de dragages, puisque le parc Naturel Marin a donné un avis favorable, suite à l'étude d'impact et au plan de gestion des sédiments, réalisé en amont ces 3 dernières années par le port et le SMIDDEST pour prendre en compte les enjeux environnementaux estuariens. L'instruction arrive dans sa dernière phase avec l'enquête publique, qui se déroule actuellement. Les commissaires enquêteurs vont recueillir les avis pour les 55 communes bordant l’estuaire. Une réflexion est également en cours concernant le clapage et la valorisation éventuelle du sable, sujet pour lequel l’État a demandé une enquête de faisabilité, qui se fera avec le concours de la DREAL bien sûr !