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    Votre ambition maritime

Le point de vue de... Jean-Frederic Laurent, President du Directoire du GPMB

8 Apr. 2019

LVM : Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Après ma formation en économie, et une spécialisation dans le transport international, j'ai occupé mon premier poste au sein d'Armateurs de France, en tant qu’adjoint au directeur des affaires économiques pendant 3 ans. J'ai ensuite dirigé l'Institut d'Economie du Transport Maritime (IETM) qui faisait partie de l'AFT-IFTIM, groupe de formation en transport-logistique, pour lequel j’ai par ailleurs été adjoint aux affaires internationales. En 1999, j’ai rejoint le groupe Barry Rogliano Salles, le premier courtier d’affrètement maritime français, comme directeur des études et du conseil.

En 2010, j'ai intégré le monde portuaire en tant que directeur de la stratégie et du développement du port de Dunkerque. A ce moment-là, la réforme portuaire était en cours avec la mise en place des conventions de terminal,  un projet de revitalisation après la fermeture de la raffinerie des Flandres, puis la reprise du site de réparation navale, la desserte fluviale du terminal à conteneurs,  le rapprochement avec Calais, le lancement des études sur l’avitaillement au GNL… Au bout de 4 ans, au départ de la directrice générale, j'ai assuré l'intérim en tant que Président du directoire pendant 6 mois, avant d’être nommé fin 2014 Président du directoire du port de la Réunion, ancien port concédé qui venait de devenir Grand Port Maritime. Ma mission a consisté à poursuivre et accompagner ce grand changement organisationnel, dans un établissement de 260 salariés, et à concrétiser la mise en place d’un hub de transbordement de conteneurs dans l’océan indien avec la CMA CGM. En deux ans, Port Réunion est passé d'un port de « feederisé » à un véritable port de dessertes  directes. Le renforcement des échanges avec Maurice, Madagascar, les Seychelles, le Mozambique, l’Afrique du Sud et au-delà, nous ont permis de passer de 230 000 EVP en 2015 à plus de 330 000 en 2018. 
Mon parcours m’a permis d’appréhender de multiples facettes du monde maritime et portuaire. Dans des contextes parfois difficiles, marqués par la crise, il a été nécessaire de mobiliser les énergies, les acteurs privés et les collectivités... tout cela en tenant compte de la concurrence, et notamment celle des ports voisins, ce qui s'avère très motivant !  Ces expériences m'ont appris à toujours considérer le port dans un environnement économique et géographique en mouvement, avec ses contraintes mais aussi ses avantages… qu’il ne tient qu’à nous de valoriser pour créer de nouvelles dynamiques ! C'est dans cette optique que je prends aujourd'hui mes fonctions au port de Bordeaux.

LVM : Quelles vont être vos priorités pour le GPMB ?

Le premier objectif pour le port doit être de renouer le dialogue, et ce à tous les  niveaux.  Cela passe d’abord par l’interne,  où il sera nécessaire de mettre du liant entre les services pour améliorer la gestion des projets. Un fonctionnement interne efficace est la condition nécessaire pour être crédibles vis-à-vis de nos interlocuteurs, je parle ici des collectivités, mais aussi et surtout du monde économique. Le port est une entreprise, qui doit avoir un niveau de prestation efficace. Pour cela je vois trois axes de travail majeurs.
D'abord, relancer la politique commerciale du GPMB sur l’ensemble de ses trafics, variés et très spécifiques comme les conteneurs, les vracs liquides, les céréales, mais aussi les petits vracs tels que les pneus broyés, les colis lourds, la ferraille… cela doit nous aider à retrouver les tonnages perdus. 
Ensuite, valoriser et redéployer nos activités en tant que prestataire de services en lien avec l'exploitation portuaire : capitainerie, ateliers, manutention, déchets, services dématérialisés, etc. participent tous à l'expérience des clients armateurs et industriels sur le port de Bordeaux. 
Enfin, nous devons mettre en place un véritable schéma directeur foncier, qui doit flécher notre patrimoine en fonction de ses usages -activité portuaire, urbanisation, agro-environnemental- et servir à conforter notre modèle économique.
Ces 3 objectifs se complètent et ne peuvent fonctionner qu'ensemble. A l'issue de cette première phase, le chantier suivant sera celui de la rédaction du prochain projet stratégique. Nous sommes aujourd’hui à un tournant dans la vie de ce port et nous nous devons de l’aborder avec lucidité si nous voulons éviter la sortie de route.

LVM : Quelles seront les orientations du prochain projet stratégique ?

On évoque souvent  la relation du port avec les collectivités qui l’entourent comme baromètre de la bonne santé de l’établissement...  Et c’est vrai ! De bonnes relations reposent sur des objectifs communs, il faut pour cela une même grille de lecture des grands projets du territoire. C'est ce qui sera mis en place au travers du « contrat de partenariats et de projets », une démarche nouvelle et à mon sens essentielle, qui allie le port, la métropole, le département et la région. Le contenu de ce contrat commun  a été validé par le Conseil de Surveillance du GPMB le 28 mars dernier et distingue 16 objectifs communs (et 17 actions qui en découlent), auxquels le monde économique –UMPB, CCI, agences de développement- a également été associé. Nous pourrons ainsi intégrer, dans notre projet stratégique, des objectifs déjà validés et partagés par le territoire. Nous avons tout à y gagner d’un point de vue opérationnel, et pour rassurer les prospects. Le projet stratégique devra bien sûr intégrer également, en filigrane, notre vision du port de demain.
Aujourd’hui, on ne peut plus seulement considérer d'abord un projet économique, puis faire en sorte qu'il s'insère dans un environnement donné. Il faut renverser la question et considérer d'abord l’environnement qui est le nôtre, ses atouts et ses contraintes, pour y développer, avec nos partenaires, le projet le plus pertinent dans un cadre durable. Le port et le territoire qu’il irrigue font partie d’un même ensemble qui doit répondre simultanément à des enjeux complexes à articuler : mobilité,  fin des énergies fossiles, réindustrialisation, protection de la biodiversité ... et ce sont ces enjeux qui guideront nos projets de développement.

Crédit photo MA JAMOIS / GPMB